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Sophie Ristelhueber, photographe de l’après « Beyrouth »


J’ai été impressionné,  lors  des rencontres  d’Arles  de 2011 par les oeuvres photographiques de Sophie Ristelhueber, qui fait l’objet de cet article  sur l’espace Holbein,

ainsi que  du blog  dont  sont  extraits ces photos  et article ( l’iNstantanée)

 

 

1. Sophie Ristelhueber, Every One #8, 1994, épreuve argentique n&b montée sur plaque de fibre de bois.
2. Sophie Ristelhueber, Every One #14, 1994, épreuve argentique n&b montée sur plaque de fibre de bois.

Parallèlement à l’expo Robert Frank dont je vous ai déjà parlé, les galeries du Jeu de Paume consacrent une toute première rétrospective à la photographe française Sophie Ristelhueber, dont les oeuvres depuis les années 1980 explorent par diverses pistes les notions de mémoire et de trace dans un registre qui n’a de documentaire que l’apparence.

3. Sophie Ristelhueber, Fait #46, 1992, épreuve chromogène.

 

4. Sophie Ristelhueber, Fait #20, 1992, épreuve chromogène.

 

5. Sophie Ristelhueber, Fait, 1992, épreuve chromogène.

 

6. Sophie Ristelhueber, Fait, 1992, épreuve chromogène.

C’est une sorte de préambule à la note d’aujourd’hui que j’ai voulu constituer la semaine dernière en proposant quelques photos de guerre. Pas n’importe quelles photos cependant, puisqu’elles avaient pour trait commun de ne pas présenter la guerre dans sa composante humaine, mais au travers de l’empreinte qu’elle laisse derrière elle dans le paysage. Constructions éphémères d’un côté quand la défense organise tranchées et barricades ; destructions durables de l’autre quand l’assaut fait éclater sols et édifices.

“Sans doute, comme artiste, suis-je moi aussi en guerre.”

C’est cette imagerie que convoque Sophie Ristelhueber, cette photographie d’avant l’instantané que la technique confinait aux sujets quasi immobiles. Impossible d’enregistrer sur la plaque sensible le feu du combat avant les années 1880. Les photographes, tels Fenton ou O’Sullivan par exemple, documentent donc le déroulement des événements dans de saisissants “avant-après” permettant de mesurer l’ampleur des destructions, tant matérielles qu’humaines.

7. Sophie Ristelhueber, WB #7, 2005, tirage argentique sur aluminium.

 

8. Sophie Ristelhueber, WB #98, 2005, photo couleur marouflée sur aluminium.

 

9. Sophie Ristelhueber, WB #48, 2005, photo couleur marouflée sur aluminium.

L’emprise de l’homme sur la terre, les traces qu’il y laisse sont autant de cicatrices que Sophie Ristelhueber enregistre minutieusement, sans affect apparent, sans drame. On pourrait penser qu’il n’y a là qu’un usage du médium pour sa valeur indicielle, un simple relevé topographique de blessures de guerre, un constat, comme une page de plus dans un rapport d’autopsie. Beyrouth post-apocalyptique en 1984 (série Beyrouth – Photographies), l’Irak lors de la première guerre du golfe en 1992 (série Faits), la Cisjordanie en 2003-2004 (série WB), l’Irak à nouveau en 2001… pas de drame non, dans les clichés de Sophie Ristelhueber, mais une sourde inquiétude qui ne laisse pas l’esprit au repos.

10. Sophie Ristelhueber, Beyrouth, 1984, tirage argentique n&b.
11. Sophie Ristelhueber, Beyrouth, 1984, tirage argentique n&b.

Et mieux vaut être vigilant en effet, surtout lorsque l’on aborde une des séries les plus récentes de l’artiste, Eleven Blowups, exposée aux Rencontres d’Arles 2006. Une toute autre dimension est atteinte lorsque l’on découvre que ces cratères, déchirant la terre et l’aspirant, sont certes réels mais issus d’archives, et que ce que nous contemplons est une série de photomontages. Les fragiles frontières entre vrai et faux éclatent et ces images d’un réalisme si parfait qu’il avait d’emblée emporté notre adhésion, viennent faire vaciller nos croyances.

12. Sophie Ristelhueber, Eleven Blowups, #10, 2006, sérigraphie sur verre.
13. Sophie Ristelhueber, Eleven Blowups, #7, 2006, sérigraphie sur verre.
14. Sophie Ristelhueber, Eleven Blowups, #1, 2006, sérigraphie sur verre.

Une même mutation du sens s’opère dans le film Fatigue – réalisé spécialement pour l’exposition – cette fois non pas au sein de l’image mais dans sa mise en scène. La caméra parcourant en plan rapproché la surface des photographies (une procédure que l’on retrouve chez Sarah Moon) ne permet aucune mise en perspective de ce que l’on contemple. Sans recul, le regard glisse sur la surface des images, suivant le mouvement de la caméra qui peu à peu, en s’éloignant, recadre, remet en place le sens de ce qui se trouve sous nos yeux.

C’est encore à Sarah Moon que je pense devant la série Vulaines composée de diptyques rapprochant photos d’un lieu et photos d’enfance. Un jeu sur le sens encore, la mémoire aussi, ici mis en scène par une simple juxtaposition de deux photographies. Comme chez Robert Frank, la narration naît de l’entre-deux, de cet espace menant d’une image à l’autre où s’épanouit la rêverie et où le souvenir s’invente et se réinvente à l’infini.

15. Sophie Ristelhueber, Vulaines IV, 1989, diptyque, tirages argentiques montés sur aluminium avec cadre recouvert de papier peint.
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